Le "Neveu
de Rameau" de Denis Diderot

Palais Royal
Qu'il fasse beau, qu'il fasse laid, c'est mon
habitude d'aller sur les cinq heures du soir
me promener au Palais-Royal. C'est moi qu'on voit toujours seul, rêvant
sur le banc d'Argenson. Je m'entretiens avec moimême de politique,
d'amour, de goût ou de philosophie. J'abandonne mon esprit à
tout son libertinage. Je le laisse maître de suivre la première
idée sage ou folle qui se présente, comme on voit, dans l'allée
de Foy, nos jeunes dissolus marcher sur les pas d'une courtisane à
l'air éventé, au visage riant, à l'oeil vif, au nez
retroussé, quitter celle-ci pour une autre, les attaquant toutes
et ne s'attachant à aucune (Le Neveu de Rameau)
Résumons donc la situation en 1805: La
traduction fut publiée, complétée par des commentaires,
expliquant surtout les personnages qui apparaissent dans "le Neveu de
Rameau" (et Dieu sait qu'il y en a). On croyait la copie retournée
à Petersbourg (sachez déjà ce détail incroyable:
l'autographe de Diderot (et non pas seulement la copie confiée à
Goethe) se trouvait à ce moment même à quelques lieus
de Weimar!). Les premières réactions en France datent de 1818
- nous sommes déjà dans la Restauration - lorsqu'on pensait
publier les oeuvres complètes de Denis Diderot, et, chemin faisant,
on citait aussi ce "manuscrit caché" (Goethe à ce
sujet ), connu par une traduction allemande. On se garda bien sûr de
le qualifier de "chef d'uvre", et on n'en traduisit que quelques
passages en les qualifiant dignes de la plume de Diderot, ce qui, comme dit
Goethe, "revient au même". En 1821, l'éditeur parisien
Delaunay annonçait "Le Neveu de Rameau,
dialogue. Ouvrage posthume et inédit par Diderot" avec
l'avertissement ostentatoire (et faux): "Ayant acquis la propriété
de cet ouvrage, je poursuivrai les contrefacteurs avec toute la rigueur des
lois.".